Socialist Internationalism and National Visual Identities in Postcolonial Contexts

Dans le cadre du séminaire « Cultures visuelles socialistes et décolonisations »

11 mars 2026
14h
INHA, Salle Chastel
  • Douglas Gabriel, University of Florida and Adrienn Kácsor, Bauhaus-Universität Weimar
     “Tough Love: Caricatures of a Socialist Friendship across Hungary and North Korea during the 1950s"
  • Giulia Dickmans, Graduate School of Global Intellectual History, Freie Universität Berlin
     “Tricontinental Solidarities:Cuban Angolan Cultural Relations Since the Cold War”

Le séminaire : Cultures visuelles socialistes et décolonisations : circulations, (ré)interprétations et résistances des modèles visuels en contexte de Guerre froide 

Au milieu du XXe siècle, en contexte de Guerre froide, divers pays envisagent le socialisme comme alternative à la domination coloniale. La “nouvelle histoire de la guerre froide” et les travaux sur le “socialisme global” qui se sont développés dans le sillage des travaux d’Odd Arne Westad ont participé à une remise en question de la bipolarité du monde pendant cette période, en redonnant leur place aux pays en voie de décolonisation. Loin de se contenter d’un rôle passif au cœur de la guerre idéologique que se livrent les deux « Grands », ces derniers veulent faire
entendre leur voix. De nombreuses tentatives de mise en place une « troisième voie » sur le plan idéologique et politique voient le jour et certains pays adoptent le socialisme et entretiennent des lien des liens parfois complexes avec l’URSS (Algérie, Vietnam, Ethiopie...). Ils sont ainsi intégrés à une “mondialisation rouge” (Sanchez-Sibony, 2014) et participent à des échanges variés (éducatifs, militaires, économiques, culturels) au sein d’un camp socialiste loin d’être homogène, témoignant de la persistance de dynamiques Nord-Sud pendant la Guerre froide.


Dans ce double contexte de Guerre froide et de décolonisation, le domaine culturel, et notamment les arts visuels (arts plastiques, photographie, cinéma, arts textiles, arts décoratifs, architecture), occupent une place particulièrement importante. Le socialisme propose des modèles visuels forts associés à des idéaux de solidarité internationale, de lutte des classes et de résistance à l’oppression coloniale, raciste et impérialiste. Pour les pays en voie de décolonisation, la production d’images est une manière de défendre une vision du monde et de dénoncer celle de l’ennemi, mais également de mettre en valeur leur culture nationale en construction. À la croisée de multiples cultures et civilisations, les images émanant de ces sociétés post-coloniales en construction reflètent non seulement ce tournant de l’histoire mais y contribuent également. L’analyse des processus de production, de circulation et de réception de ces images constitue un outil essentiel pour comprendre l’édification des États‐nations postcoloniaux. Elle permet de saisir les logiques d’appropriation et de réinvention des modèles socialistes, tout en mettant en lumière les dynamiques d’échanges entre les « pays frères » du Sud global et les pays du bloc socialiste. Ces jeunes nations ne se contentent pas d’adopter des modèles extérieurs mais participent à leur redéfinition, produisant ainsi des images hybrides à la fois locales et transnationales. Ces productions témoignent de la façon dont les États postcoloniaux construisent leur identité visuelle et symbolique, tout en affirmant leur autonomie culturelle au sein des réseaux de solidarité socialiste. 

Les échanges et la diplomatie culturelle entre l’Europe, les USA et les pays dits “des Suds” ont été abordés lors d’événements scientifiques récents, notamment en Europe (Allemagne, Finlande, Autriche, Roumanie...) et par des groupes de recherche dont les travaux portent sur la Guerre froide. En France, ce champ de recherche reste cependant moins développé. De manière générale, les notions de cultures, de transferts et de modèles visuels (comme par exemple celui du réalisme socialiste) qui s’élaborent à l’intersection des décolonisations et du contexte idéologique de la Guerre froide, n’ont pas été suffisamment abordées. Dans le contexte postcolonial, les jeunes nations cherchent à rompre avec les modèles visuels imposés par la colonisation et les regards exogènes, dans le but de construire des représentations propres à leur identité nationale. Ce processus de reconfiguration des imaginaires s’inscrit dans une dynamique de réappropriation symbolique et politique. Le croisement avec le socialisme, qui apporte lui-même ses modèles visuels normatifs et ses esthétiques de mobilisation idéologique, ouvre un espace d’hybridation féconde. Ces échanges ne se font cependant pas sans heurts : les pays en voie de décolonisation, qui aspirent à créer des identités visuelles propres, peuvent développer des cultures visuelles qui entrent en tension avec l’idéal “réaliste socialiste”. Il devient alors crucial d’analyser comment ces nations postcoloniales s’approprient, transforment ou subvertissent ces modèles socialistes pour répondre à leurs propres besoins de légitimité, d’unité nationale et de souveraineté culturelle. Cette interaction révèle des processus d’adaptation visuelle uniques, où l’art devient un outil stratégique de résistance, d’émancipation et de réinvention des imaginaires collectifs. Ce séminaire, qui se déroulera sur cinq séances, aura pour objectif de réunir jeunes chercheurs et chercheurs expérimentés travaillant sur l’analyse de ces productions visuelles nées dans ces sociétés post-coloniales en lien avec divers contextes socialistes dans une perspective comparatiste. Au-delà de l’analyse iconographique et stylistique des images – qui constituent la source principale des travaux de recherches présentés – l’ensemble du processus de production, depuis la conception jusqu’à la diffusion et la réception, sera pris en compte. Cette approche globale permet d’interroger les pratiques sociales et les usages de l’image dans leur contexte, en révélant les mécanismes de création, de médiation et d’appropriation qui participent à la construction des imaginaires visuels.

Comité scientifique
Sasha Artamonova (université Northwestern, Evanston / EHESS), Coline Perron (UMR 7069 LinCS, université de Strasbourg – centre Marc Bloch), Gaëlle Prodhon (laboratoire InVisu, CNRS ∕ INHA), Jade Thau (laboratoire InVisu, CNRS ∕ INHA – IrAsia)