PROGRAMME
Résister par corps : corporéité et cancers du sein au Mali
Clémence Schantz, Sociologue, Chargée de recherche à l'IRDLa médecine oncologique soumet le corps à des procédures invasives dans l'espoir d'offrir une chance de guérison. Au cours du traitement, le corps est piqué, brûlé, incisé et amputé, ce qui brise parfois l'identité et modifie souvent la façon dont les femmes perçoivent le monde. En Afrique subsaharienne, les taux d'incidence des cancers du sein sont en constante augmentation et les femmes sont particulièrement jeunes lorsqu'elles développent un cancer du sein. À l'aide d'une approche qualitative et d'un cadre théorique à l'intersection de la sociologie du genre et de la sociologie du corps, nous avons exploré avec la recherche SENOVIE les stratégies discursives des femmes atteintes d'un cancer du sein au Mali concernant leur relation au corps et aux autres. À partir de 25 entretiens semi-directifs, nous avons analysé les expériences de ces femmes. En utilisant l'image de la femme Amazone, dont la lutte a remis en question le genre en raison de ses attributs masculins, nous avons exploré si le combat de ces femmes contre leur cancer du sein pourrait être l'occasion de renégocier les relations entre les sexes. Les résultats montrent que l’expérience de ces femmes est caractérisée par la déconstruction de leur corps, la douleur et la souffrance. La masculinisation de leur corps et leur incapacité à remplir certaines fonctions typiquement féminines dans la société (telles que la cuisine ou la sexualité) remettent en question leur identité féminine. La résistance observée à travers la sororité, la mobilisation discrète et l'exposition de leur corps ne semble pas s'inscrire dans une renégociation des relations entre les sexes, mais elle joue un rôle actif dans l'acceptation de la maladie par les femmes et leur reconstruction.
Cancers féminins et mobilités thérapeutiques au Vanuatu
Alice Servy, Maîtresse de conférences, Laboratoire SAGE (UMR 7363), Université de StrasbourgSelon la Stratégie du secteur de la santé du Vanuatu 2021-2030, les maladies non transmissibles, tels les cancers, constituent un véritable problème dans l'archipel. Les cancers les plus fréquents seraient ceux du sein, du foie, du col de l’utérus, de la prostate et de la thyroïde. Les données sur les pathologies cancéreuses sont cependant peu fiables, du fait notamment des sous-diagnostics et des difficultés à tenir un registre des cancers à jour. Le recours à la biomédecine n’est pas systématique. Les personnes se présentent souvent dans les établissements de santé avec une suspicion de cancer avancé, voire métastatique, après avoir testé d’autres formes de médecines. Les moyens biomédicaux pour prévenir, diagnostiquer et traiter les cancers sont centralisés dans la capitale Port-Vila et sont extrêmement limités. Les biopsies réalisées à l’hôpital central de Port-Vila ne sont par exemple pas toujours envoyées en Australie pour analyse. La radiothérapie et la chimiothérapie ne sont pas disponibles dans le pays. Et il n’y a pas de système étatique institutionnalisé pour favoriser la coordination ou la coopération transnationale dans la prise en charge des patients. Malgré cela, des personnes ni-Vanuatu diagnostiquées ou suspectées d’avoir un cancer tentent de se rendre à l’étranger (principalement en Nouvelle-Calédonie, en Australie, en Nouvelle-Zélande ou Inde) pour réaliser un bilan d’extension ou se faire traiter.
En m’appuyant sur une enquête ethnographique réalisée en 2023 et 2025 et mes recherches sur les questions de santé que je mène au Vanuatu depuis 2009, cette communication portera plus particulièrement sur l’expérience des femmes qui se déplacent ou non à l’international dans le cadre de leur cancer du sein ou de l’appareil reproducteur féminin. Mes matériaux, encore en cours d'analyse, mettent en avant de fortes inégalités liées notamment aux ressources économiques et aux réseaux sociaux, mais aussi au secteur d’activité, aux nationalités ou à la dénomination religieuse de ces femmes.
Événement organisé par Claire Perrin (L-VIS, MSH Lyon St-Etienne), Sandrine Knobé (E3S, MISHA), en collaboration avec Charlotte Bruneau (L-VIS) et Mélanie Wullens (E3S).
Informations pratiques
> Lien d’inscription au séminaire, gratuit mais obligatoire
> Le lien visioconférence vous sera transmis suite à l'inscription.
Séminaire organisé par la MISHA (Strasbourg) et la MSH Lyon St-Etienne (axe Santé & société) et en lien avec la thématique Sports & sociétés du Réseau MSH. En collaboration avec les laboratoires E3S, L-VIS et l'Institut ReCAPPS.